Encens : notre expertise face à la polémique

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Une note pratique destinée aux consommateurs vient d’être publiée par l’ADEME qui fait le point sur la question. guide pratique un air sain chez soi (Pdf, 3748 Ko)

- Quels résultats de la nouvelle étude du projet Ebene ?

Un rapport d’expertise du CSTB et INERIS a été remis en juillet 2017 : EXPOSITION AUX POLLUANTS EMIS PAR LES BOUGIES ET LES ENCENS DANS LES ENVIRONNEMENTS INTERIEURS Emissions et risques sanitaires associés http://www.ademe.fr/ebene-exposition-polluants-emis-bougies-encens-environnements-interieurs

Les conclusions pratiques des auteurs confirment leurs conclusions et études précédentes :

o   Pour les usages courants : situation non préoccupante

o   Pour certains produits et certaines pratiques intensives, il est suggéré de limiter les niveaux d’émissions des produits les plus émissifs ceci dans le cadre d’usages réguliers dans certains cas et/ou uniques dans d’autres.

Voici donc nos réponses aux titres alarmistes concernant les encens et la pollution de l'air intérieur.  

« Pollution – attention aux encens-bougies.  Bougies parfumées et encens polluent l’air de votre maison »

La contribution globale des encens aux émissions en France est de l’ordre de moins de 1 pour 1000. Par exemple il est 1% * des émissions dues à la cigarette. Soit 101 kg de benzène émis par an pour 70 millions d’heures d’encens, selon les chiffres d’émissions moyens de l’étude INERIS (qui nous semblent surévalués)  à comparer aux 10 tonnes par an de l’émission dans l’air intérieur de Benzène due à la cigarette. 

Le premier facteur étant celui de l’air extérieur qui contribue régulièrement pour la moitié (l’air extérieur est moins pollué que l’air intérieur).

L’autre moitié provenant généralement des polluants intérieurs les plus contributifs comme les matériaux de construction, de décoration, de bricolage,  le mobilier, les produits d’entretien, les produits de toilette et cosmétiques, les modes de chauffage et de cuisine.

La consommation d’encens c’est en moyenne seulement 1 heure d’encens par an et par habitant en France.

Le scénario d’utilisation intensive retenu  « Ce scenario n’est pas rare » (ITW N Herbelot selon Ouest France)

Nous contestons cette affirmation.

Une étude fondée sur les volumes de ventes d’encens en France (ramené  en heures de combustion d’encens) montre qu’il se vend l’équivalent de 70 millions d’heures d’encens par an.

Si 20% de la population déclare consommer de l’encens, le niveau de cette consommation représente pour eux en moyenne 5 heures par an et par consommateur. Pas de quoi mettre l’encens en tête de liste des priorités de mesures anti-pollution.

Le scénario 2 « qualifié de raisonnablement majorant », retenu par l’étude pour calculer les risques, correspond à une consommation de 2 bâtonnets d’encens simultanément durant 1 heure, tous les 2 jours pendant 70 ans, sans aération.

Autant dire que ce scénario ou son équivalent concerne très peu d’utilisateurs. Les bâtonnets de 1 h ne sont pas les plus fréquemment utilisés ;  en brûler 2 simultanément dans la même pièce pendant 70 ans, tous les 2 jours sans aérer, semble extrême. C’est ce scénario peu crédible qui effectivement entraîne en théorie une augmentation des risques pour la santé, décrite par l’étude.

Une simulation de la répartition de la consommation globale selon l’intensité des usages montre que la part de la population consommant chaque jour de l’encens soit 1 bâtonnet de 30min. par jour est nécessairement faible (de l’ordre de 100 000 personnes soit 0.15% de la population) car cela correspond déjà à ¼ de la consommation globale annuelle d’encens en France !

Ce scénario majorant plus réaliste pourrait être évalué avant d’envisager de nouvelles  mesures autoritaires.

A noter que dans le scénario principal, qui correspond au reste des utilisateurs (99,85% dans notre cas), « aucune situation n’est jugée préoccupante »

 

 « Pour les bougies, il y a beaucoup d’écarts entre les produits testés alors que les encens posent tous problème ». (ITW N Herbelot selon Ouest France)

Nous contestons cette affirmation, au vu des résultats même de l’étude commanditée par l’Ademe :

Dans cette étude,  les écarts de performance entre les encens étudiés entre eux sont au contraire très importants. Par exemple d’un facteur de 20 entre eux pour le benzène, avec des performances entre 0.4 et 11 µg/m3 donc ne posant pas de problème pour une partie des encens même dans le scénario majorant retenu.

 

« Les encens sont beaucoup plus nocifs que les bougies »  (ITW N Herbelot selon Ouest France)

La performance relative des deux familles de produits est comparée sur la base seule des émissions moyennes de COV sur une heure,  en chambre d’essai. Cette comparaison est inéquitable.

En réalité ces 2 types de produits ont peu de points communs et leur comparaison forcée entraîne des dérives analytiques.

- De nombreux encens se consument en moins d’une heure (30 minutes en moyenne), alors que les bougies de courte durée ont été écartées par le protocole. Les encens émettent plus que les bougies mais sur une plus courte durée. Il est donc particulièrement  inéquitable pour une comparaison des risques chroniques de ne pas prendre en compte cette différence.

- La composition, les performances de combustion, la durée d’exposition est très variable dans le cas des encens. L’amalgame par moyenne ou pire par taux d’émission maximum positionne les encens performants dans une catégorie perçue comme dangereuse, ce qui est faux.

Ces données sont plus homogènes dans le cas des bougies.

- Les bougies sont utilisées beaucoup plus fréquemment et pour de plus longues durées.

Toute comparaison entre encens et bougies sur la seule base des taux d’émissions sans prendre en compte leurs durées d’exposition respectives est inacceptable. 

 

« L’Ademe préconise un étiquetage pour permettre aux consommateurs de choisir en connaissance de cause. » (ITW N Herbelot selon Ouest France)

- Des efforts importants ont déjà été faits par les sociétés françaises pour  se mettre en conformité avec les normes européennes (Reach, CLP) et les décrets français.

- La commercialisation en grande quantité de produits de mauvaise qualité importés sans contrôles suffisants et qui ne sont pas conformes à la réglementation en vigueur détonne alors que l’on s’apprête à rajouter une couche de réglementation pour les entreprises françaises qui elles sont contrôlées régulièrement. Renforcer les contrôles y compris sur la vente par internet, sur la base de la réglementation existante est un préalable à toute nouvelle mesure top down.

 

« Les utilisateurs pensent majoritairement que ces produits ont un impact positif ou pas d'impact sur leur environnement (68% pour les bougies et 58% pour l'encens). »

Vox populi, vox dei : Ces résultats de sondage montrent tout simplement que globalement l’expérience de leur usage est positif pour les consommateurs et ce malgré les grandes différences de qualité de ces produits.

Si 58%, des consommateurs ne mettent pas en premier la crainte des émissions de COV potentiellement polluantes, ce n’est pas faute des appels de clairon réguliers. Plus probablement l’expérience de leur pratique de l’encens ne leur pose pas de problème.

Il y a une tendance des pouvoirs publics en ce domaine à vouloir agir sans faire de détails, contre le bon sens pratique des usagers. Cet acharnement mérite réflexion :

- On ne peut attribuer à l’encens pris séparément en France des cas de toxicité avérée ou d’affectation de la santé. La contribution de l’encens au phénomène global de pollution de l’air intérieur qui lui a un impact avéré, est quantitativement marginal.

- L’apport positif de l’encens au bien-être des usagers est rejeté en bloc par les pouvoirs publics.

- La mobilisation de moyens financiers et humains par les pouvoirs publics sur ce sujet est largement disproportionné, alors qu’ils manquent cruellement pour des axes de progrès majeurs pour la qualité de l’air (moteurs diesel, tabac par exemple).

- La commercialisation en grande quantité de produits de mauvaise qualité importés sans contrôles suffisants et qui ne sont pas conformes à la réglementation en vigueur détonne alors que l’on s’apprête à rajouter une couche de réglementation pour les entreprises françaises qui elles sont contrôlées régulièrement.

 

« Plus de pollution que sur le périphérique », titre justifié par « Jusqu’à 5 fois plus de benzène qu’à proximité du périphérique » (Le Parisien)

Cette affirmation  est tendancieuse.

- L’air extérieur compte couramment 1 µg /m3 de benzène, l’air intérieur deux fois plus, soit 2 µg /m3 de benzène. Le Parisien aurait pu titrer « Jusqu’à 5 fois plus de benzène que la moyenne de l’air intérieur en France, pendant 1 heure et pour les encens les plus émissifs»

- Elle  compare une exposition de courte durée (encens) en benzène à une pollution continue (Périphérique) à multifacteurs polluants et surtout elle concerne les encens les plus émissifs étudiés. Il y a un facteur 20 dans l’étude même, entre les performances des encens étudiés.

« Ne pas exposer les personnes sensibles enfants, femmes enceintes, asthmatiques »

Cette affirmation laisse sous-entendre de bannir les encens et bougies en présence de ces 3 types de personnes.

- Il s’agit là aussi d’une question de dose et d’exposition :

L’usage dans la maison d’un encens performant, dans un habitat sain avec un usage raisonné ne pose pas de problème particulier. Autrement dit contribuer pour 0.4µg/m3 de benzène dans un  habitat sain pendant 1 heure de temps en temps de façon régulière ne pose pas de problème particulier, même pour les populations citées.

Pour les personnes asthmatiques, elles doivent naturellement être attentives à l’effet ressenti et bien entendu,  adopter les mesures utiles dans leur cas : utiliser ou pas des encens de façon raisonnable.

En effet, l’action favorable au bien-être et au confort des encens de qualité est réelle et doit être considéré. Par exemple certains encens sont un moyen reconnu d’agir contre le stress et favorisent  le calme et l’apaisement.

 

Michel Pryet

Gérant fondateur de Aromandise et de la marque Les Encens du Monde

 

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nos articles publiés en 2016 

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